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« Je démissionne début août. J’aurai été dix ans adjoint, et 15 ans maire, 16 ans président du Syndicat des ordures ménagères… J’ai envie de souffler ». Alain Roussel, maire des Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen, près de Rouen (Seine-Maritime), n’a pas pris une telle décision à la légère, sans s’accorder le temps de la réflexion. Au moment de sa réélection en 2014, il savait déjà qu’il ne mènerait pas son mandat jusqu’à son terme. Pourquoi, dans ce cas, s’être représenté ? Sa volonté était d’organiser une passation de pouvoir en douceur. « Je suis reparti pour lancer le mandat, et pour transmettre quand même mes connaissances, mon agenda et mes contacts à mon successeur ». Successeur qui, selon toute logique et conformément au souhait d’Alain Roussel, sera son premier adjoint, Marc Duflos.
25 ans de mandat : un combat, le contournement Est
En 25 ans de mandat, Alain Roussel a largement contribué à modeler l’image que présentent aujourd’hui les Authieux, village aux confins de l’ancien canton de Boos, à la frontière entre l’Eure et ce que l’on nomme le plateau Est de Rouen. Affichant calme et sérénité dans ses rues aux pavillons coquets, les Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen donnent le sentiment d’un village paisible ; on en oublierait presque le projet de Contournement Est de Rouen qui contrarie son développement et menace son avenir. C’est la bête noire d’Alain Roussel, qui regrette de n’être pas encore parvenu à faire admettre une solution plus tranquille, moins coûteuse et moins dévastatrice au problème de l’encombrement routier à Rouen. Lui qui est membre du Parti socialiste déclare et répète que ce projet, avec ses sept ouvrages d’art et son péage, « n’est pas un projet de socialistes ».
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Des solutions alternatives
Alain Roussel reste d’ailleurs président de l’association ACCES (Association des communes pour un contournement Est soutenable : Notre article, ici > Contournement Est. Des maires repartent au combat), qui milite pour que le contournement Est de Rouen prenne plutôt la forme d’équipements judicieusement créés aux points névralgiques du trafic rouennais, plutôt qu’un vaste chantier qui défigurera le paysage à jamais et coûtera fort cher, sans pour autant résoudre les problèmes auxquels il veut répondre.
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Au chapitre des transports figure un autre combat d’Alain Roussel, qui a toujours voulu que les Authieux ne soient pas isolés. « Nous manquons de transports collectifs. Il a fallu se battre pour obtenir la liaison avec la gare d’Oissel ; aujourd’hui, mon budget ne me permet pas de participer au transport des gens qui se déplacent. Et pour les habitants des Authieux, aujourd’hui, il faut deux voitures… »
« Les Authieux ont bougé, en 15 ans ! »
Dans ce village de 1 250 habitants, Alain Roussel et ses équipiers municipaux ont voulu insuffler jeunesse et dynamisme. Qu’il s’agisse de défendre l’école ou d’embellir l’espace urbain, ils ont voulu que les Authieux vivent.
Les Authieux ont quand même bougé, en 15 ans ! Les écoles sont faites en dur, nous avons deux salles des fêtes, la mairie est fonctionnelle…Ces opérations ont coûté plusieurs millions, mais c’est fait pour nous », se réjouit-il à une époque où les fonds publics s’amenuisent, contraignant souvent les municipalités à la modestie dans leurs réalisations urbaines. « Les gens peuvent se promener le dimanche : ils disposent de voies correctes. On peut toujours faire mieux, bien-sûr, mais je n’ai pas à rougir de ce que j’ai fait ».
Maire : une fonction difficile
Ce qui attise l’amertume d’Alain Roussel, c’est de voir la manière dont évolue le rôle du maire. « C’est une fonction qui devient difficile. Nous avons les mêmes responsabilités légales, mais plus les mêmes moyens. Dans les domaines de la voirie, de l’aménagement, des permis de construire, nous n’avons plus de maîtrise ! ». Surtout, pour lui qui avoue volontiers qu’il n’est pas un « métropolitain convaincu », le recul des mairies au profit des métropoles est source d’une grande inquiétude pour l’avenir. À l’écouter, on comprend que s’il part, c’est aussi que, comme on dit, ce n’est plus comme avant…
La disparition de l’échelon de proximité est une erreur. Avant de se tourner vers la métropole, les administrés frappent à la porte de la mairie. Nous recevons énormément de visites de gens qui viennent prendre un renseignement, ou être aiguillés. À tel point que pendant les vacances, nous ne réduisons pas les horaires d’ouverture de la mairie. Toutes les communes ne le font pas. C’est parce que nous avons toujours privilégié le contact avec les habitants ».
À ce propos, que pensent les habitants de la décision de leur maire de quitter ses fonctions au début du mois d’août ? Alain Roussel sourit: « Certains regrettent, d’autres ne disent rien… Il se refuse, pour l’instant, à parler plus longuement de son départ, remettant à plus tard le moment de la communication. Une chose est sûre : le 31 août aura lieu l’élection du nouveau maire des Authieux-sur-le-Port-Saint-Ouen. Quant à savoir si Alain Roussel continuera d’occuper des fonctions publiques sur sa terre d’élection… « Je prendrai quelques mois de réflexion. Tout en restant au conseil ».
Jean-Marc Donnaes